Tim Paris – Interview & apéro-mix

28/10 > A l'ecoute Tim Paris interview

Tim Paris – Interview & apéro-mix

Tim Parris sort aujourd’hui un nouvel ep sur My Favorite Robot Records


De passage à Paris pour deux dates et pour assurer la promo de son prochain album, Tim Paris a accepté de nous rencontrer dans le 10e arrondissement de Paris autour d’un café. L’occasion pour nous de revenir sur son parcours, sa philosophie de la musique et ses projets à venir.

Avant tout, un petit coup d’œil sur sa discographie et son nouvel ep en featuring avec Georg Levin. 

Racontes nous ton parcours et depuis quand tu fais de la musique ?

Je suis dans le monde de la musique depuis que je suis tout petit. C’était un vrai rêve de gosse. J’ai d’abord fait de la guitare à 15 ans, j’étais dans le rock et j’avais un groupe. À 18 ans je suis tombé dans la musique électronique grâce à une nana qui en écoutait à ce moment là. À l’époque, j’étais plus dans le hip hop, la funk et le Jazz Fusion. J’écoutais tout ce qui sortait sur Talkin Loud, le label de Gilles Peterson. Et puis je suis allé à une rave et je me suis dit qu’il fallait que je fasse de la musique électronique.  Là, concrètement, j’ai vendu ma Fender et je me suis acheté des platines ; Ça m’a pris deux semaines…

Alors bien sur, même si je vis ce rêve à fond aujourd’hui, et que je ne fais que des choses qui me plaisent, cette vie implique aussi d’accepter les sacrifices qui vont avec.

Tu as connu des moments durs ? Tu n’as jamais pensé à prendre à alias, lancer des projets plus grand public, plus lucratifs ?

On m’a conseillé de faire des trucs un peu plus accessibles, mais en réalité je n’y arrive pas et ça ne vaut pas la peine selon moi. Je m’ennuie et je pense qu’il ne faut pas chasser le naturel. Je n’ai pas envi de faire de la musique avec des appels du pied et des références pour appeler des gens. Je n’ai pas envie de mettre en places des artifices dans mes productions pour que ça devienne « le son du moment ». J’ai toujours eu cette angoisse de faire un disque « faux », pas assez sincère. Si il marche, qu’est ce que je fais après ? Je risque de me retrouver coincé à produire quelque chose qui ne me ressemble pas. En réalité, ce n’est pas une position hyper enviable.

Après l’achat des platines, quelle est la suite de ton parcours en tant que dj ?

J’ai fait ma première date au Rex à 18 ans, et j’en parle avec émotion. Avant j’ai joué dans un bar à Bastille qui s’appelait le What’s Up Bar. Il y avait pas mal de djs qui tournaient. A l’époque, on jouait avec Dj Deep, Franck Roger ; on a commencé tous ensemble.

Ensuite, j’ai travaillé chez Universal dans la section musique électronique. On s’occupait d’artistes français, dont Kojak et Jackson & His Computer Band. À ce moment là,  je me suis rendu compte que j’avais plus envie de bosser en indépendant. Je suis rentré chez  Silver Network avec Jef K, puis on a monté Crack & Speed, puis Marketing Music.

Ensuite je me suis installé à Londres, j’ai commencé à produire en 2004. J’en avais envi et j’en avais besoin, c’était un passage obligatoire pour moi après le djing et la direction de labels. Puis je me suis mis à bosser avec Yvan (Yvan Smagghe, ndlr.). Aujourd’hui on travaille encore sur des projets ensemble.

Pourquoi es tu allé à Londres ?

J’y suis allé pour la musique en général, l’énergie qu’il y a là bas, tous ces concerts auxquels tu peux assister et aussi par ambition… C’était un vrai challenge  pour moi d’aller dans une ville plus grosse. Je suis parti il y a 8 ans. A l’époque ça avait du sens de partir, la musique n’était pas aussi internationalisée. Aujourd’hui on peut faire ce boulot partout avec Internet, il n’y a plus de frontière.

Londres était donc synonyme d’opportunités pour toi ?

Oui et Non. Aujourd’hui, je suis ravi d’être à Londres, mais je crois que ça serait plus simple si j’étais en France. Il y a beaucoup plus de gens qui me suivent et que je connais. C’est également plus facile pour moi de monter une soirée à Paris plutôt qu’à Londres ; on est tellement nombreux là-bas. Mais ce qui me plait en Angleterre, c’est que je peux aller voir des concerts à n’importe quel moment, j’aime sentir cette énergie qui est là.
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Je reviens sur le début de ta carrière ;  tu as vécu de l’intérieur le balbutiement de la scène Techno en France. Tu citais Dj Deep, Kojak etc… Tu peux m’en parler un peu plus ? On idéalise beaucoup cette époque maintenant. Qu’est ce qu’il en était réellement ?

Il faut absolument dire que c’est beaucoup mieux maintenant, je ne suis pas du tout un nostalgique du passé. Bien sur c’était génial, on a eu l’arrivée des Daft Punk et j’ai beaucoup de supers souvenirs des années 90. Mais aujourd’hui, c’est musicalement beaucoup plus intéressant. A l’époque il y avait des choses bien mais on les comptait sur les doigts de la main. Paris ne comportait qu’une toute petite scène. C’est clair que ça créait de la proximité ; tout le monde se retrouvait au Rex par exemple, mais c’était encore très circonspect.

Aujourd’hui, je trouve ce monde de la musique électronique artistiquement plus poussé : les talents ont beaucoup plus d’opportunités pour s’exprimer aujourd’hui. Tu peux avoir des mecs de 18 ans qui se retrouvent à  avoir la maturité de gens qui en ont 35. Je me suis intéressé à la techno de Détroit quand j’avais 18 ans, il m’a fallu 10 ans pour me faire une petite collection de vinyles et de références. Là, en deux heures avec internet, tu peux tout écouter, et te faire rapidement une idée d’un style. Ça a énormément aidé à démocratiser la musique à mon sens. Les gens sont plus connaisseurs, sont plus demandeurs et il y a plus de qualité. C’est aussi très intéressant car il y a beaucoup d’émulation, et ce n’est plus possible de se reposer sur ses lauriers. Je ressens également cette énergie en club : quand je joue, je vois un public de gens plus jeunes, mais leur état d’esprit est irréprochable, ils viennent pour écouter de la bonne musique. Il y a beaucoup moins d’apriori aujourd’hui.

Quand on regarde ta discographie, tu as signé sur beaucoup de labels différents (My Favorite Robot Records, Virgo music, 20:20 Vision, Marketing Music, Crack & Speed…). C’est important pour toi d’avoir un catalogue aussi diversifié ?

Complétement, je fais attention, même sur mon label à varier les artistes. Personnellement, j’essaye d’avoir une palette très large de labels. J’aime bien  l’idée que la musique électronique se partage, qu’elle est hyper internationale et qu’elle touche plein de personnes différentes, d’où l’importance de signer sur différents labels.

Je suis hyper étonné de voir que quand je joue dans des petits pays, tu as des gens parfois plus au courant que dans certaines capitales. C’est ça qui m’intéresse et que j’essaye d’étendre. J’aimerais faire des trucs sur des labels en Chine. J’y suis allé pour jouer, mais il n’y avait que des occidentaux  dans le club. Il y a encore un gros faussé culturel.

La musique, c’est aussi un moyen de partager et de faire des rencontres pour toi c‘est ça ?

Effectivement, l’échange est primordial dans la musique. D’ailleurs la prochaine étape après la sortie de mon album, ce sont des collaborations avec des jeunes artistes qui ont des bonnes idées mais pas encore le savoir pour les mettre en place. Je vais me positionner en tant que producteur.

Et tu travailles beaucoup en collaboration n’est ce pas ?

En fait c’est assez récent, ça fait seulement deux ou trois ans. Après quatre ans tout seul, j’en ai eu marre de passer mes après-midis dans ma cave ; je manquais de fraicheur. Ça a été hyper important de partager la musique avec quelqu’un. C’est vrai qu’au début c’était un exercice difficile car collaborer c’est aussi faire des compromis. Il faut se connaître un peu pour savoir sur quoi on peut accepter de faire des compromis. Ça m’a pris quelques années. Aujourd’hui je suis prêt à le faire et je trouve que c’est une grande force, une richesse.

 
L’apéro-mix by Tim Paris

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Comment as tu travailler en studio pour ton dernier album ?

J’utilise tout ce qui est à ma portée. Des synthés analogiques, des ordinateurs, des instruments… Il y a également beaucoup de collaborations avec des chanteurs aussi. Je me suis même servi de samples de pierres, de samples de film… J’essaye de varier au maximum les sources sonores.

Parlons de cet album et du dernier ep. Tu as pris un virage très pop. Pourquoi cette direction et cette évolution ?

C’est très personnel, mais je pense que ça me correspondait plus de faire des chansons aujourd’hui sur cet album. Je ne voulais pas d’un album club mais plus d’un objet que l’on peut écouter chez soi. J’avais cette envie de faire des chansons depuis longtemps, l’album a été une façon de laisser sortir tout ça. Quand on écoute le résultat final, il y a quand même 80% voire 90% de chansons sur l’album. Je ne pensais pas que ça serait à ce point.

En attendant, vous pouvez retrouver Tim Paris sur Facebook, ou vous rendre sur son label, Marketing Music. La prochain ep est signé Darabi !