Jean Leloup à la Place des arts : Parfaitement décousu

S’il appréhendait ce moment depuis l’ADISQ, en raison de la salle TRÈS grande de près de 3000 places, Jean Leloup a rapidement apprivoisé son espace samedi soir. Le grand prince de la musique québécoise a livré un généreux spectacle solo à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des arts, en duo avec un immense crâne géant. Retour à la bonne franquette.

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Courtoisie Spectra

Coiffé de son chapeau de conquérant, Leloup se présente sur scène sans tambour ni trompette, mais avec sa guitare de prédilection. Après être «décédé» durant son premier spectacle au Métropolis, lors de son 427e rappel, le génie se réveille dans un paradis céleste, au-dessus des nuages.

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Dans ce vaste univers dirigé par un immense crâne qui réfléchit l’horizon projeté, le Wolf entonne quelques nouvelles chansons (Petit papillon, Willie, Voyageur) avec vigueur, enchaînant les mimiques exagérées, comme s’il jouait dans une pièce de théâtre.

Sans crier biscotte, il convie son auditoire à un medley surprenant constitué de vieilles chansons pigées un peu partout dans son répertoire, mais particulièrement dans le vieux. Après une Printemps Été applaudie à tout rompre, Leloup envoie Dr. Jekyll & Mr. Hyde, Natalie, Barcelone et Think About You (COLD CHICKEN), cassant en deux ce pot-pourri de L’amour est sans pitié avec la toujours très efficace Je joue de la guitare.

Pas parfait, mais la foule s’en fout

Même si Leloup est loin d’être parfait dans son exécution (il manque souvent ses accords et récite ses paroles avec un rythme chancelant), la foule en redemande. Sang d’encre suit, et le guitar hero continue d’y aller à sa manière, en chantant comme il le feel sans réellement se soucier des gens qui veulent chanter avec lui. C’est à peu près la même chose qui se passe avec Fourmis.

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«Pourquoi j’aurais pas le droit de me rouler à terre?» lance-t-il à la foule répétitivement, pour s’excuser d’avoir changé de guitare pendant que sa préférée se fait réaccorder en coulisses. La foule lui donne le droit, mais Leloup préfère entonner subséquemment Bertha, Voyager, Le manoir à l’envers et La chambre.

Durant cette dernière, Leloup tente d’apprivoiser le rythme imposé par les clappements de main de la foule, sans succès. «Le rythme et l’émotion, c‘est pas la même chose. Quand tu fais le rythme, tu peux pas te laisser aller», envoie-t-il, sympathique, à la foule, avant de recommencer la chanson et l’arrêter quelques secondes après. «Chu pu dedans pour la faire celle-là. M’a la refaire tantôt», envoie-t-il, même si on doute qu’il respectera sa promesse vu que ça brasse pas mal dans sa tête.

«Laquelle voulez-vous?»

Moment décevant du spectacle : l’interprétation très attendue du Dôme. Un peu perdu dans son exécution, le Wolf tape du pied avec un peu trop d’insistance et ne semble pas vraiment habité par sa prestation. Dommage.

On lui pardonne assez vite parce qu’il nous offre un cadeau IMPROBABLE. «On l’a fait-tu?» questionne-t-il, sourire en coin, avant de débuter les accords d’I Lost My Baby, qu’il ne joue absolument pas souvent. Le moment est INOUBLIABLE.

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«Laquelle voulez-vous?» lance-t-il ensuite, recueillant de vifs aboiements de noms de chanson imperceptibles. Il y va comme il l’entend avec Décadence et, surtout, Recommencer, l’un des moments les plus touchants de la soirée.

Histoire de boucler la boucle, le maître de cérémonie retourne aux chansons de son dernier album : Les flamants roses, Retour à la maison, Feuille au vent et Les bateaux, durant laquelle il s’assied sur le scène pour improviser une conversation téléphonique complètement disjonctée.

Troquant le chapeau de génie pour le sombrero, Leloup revient pour un court rappel : Balade à Toronto et, sans surprise, Paradis City. L’ovation est automatique, les gens sont contents, chantent, tapent des mains, VIVENT.

Après tout, même s’il n’a pas été parfait, Leloup était là, sur scène, devant eux.

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