Alexandra Stréliski: 75 minutes sans entracte et quiétude pour emporter

Le vendredi, quand t’as ta semaine dans le corps et février dans l’âme, y’a pas grand-chose de plus excellent qu’un show assis d’une heure et quart pas d’entracte et pas de première partie.

Alexandra Stréliski: 75 minutes sans entracte et quiétude pour emporter

Vous cherchez une cerise sur le sundae au chocolat? Je vous parle d’un show avec des places assignées et qui commence quasiment à l’heure. Pas vu ça depuis le show de Carmen Campagne – le ciel ait son âme – au Centre culturel de Sherbrooke en 1996.

J’arrive à 20h pile au Théâtre Outremont. Je jubile une bonne 20aine de secondes devant l’affiche.

Je profite des 10 minutes qui précèdent la prestation pour apprécier mon entourage. Derrière moi: trois collègues (pas les miens) discutent d’une certaine Sylvie qui s’en va à la retraite pis elle a laissé sa paperasse dans un état de cul. Ils sont trois à ne pas s’en remettre. Come on, Sylvie!

À ma droite, un homme nerveux que je vous présenterai plus en détails plus tard. À ma gauche, une prof de cégep qui trouve que ses collègues enseignent comme des culs, pas de plans de cours. À ses côtés, une fille qui songe à larguer son imbécile de chum qui la traite comme un cul.

Une lumière bleue imbibe les deux grands voiles diaphanes qui se jètent sur la scène à partir du plafond devant et derrière le piano. Alexandra Stréliski s’élance.

Puis, des projections sur les voiles nous donnent l’impression de regarder un film sur cassette en 1989.

Sa voix nous propose un «espace temps», «des évènements qui sont sur le point de nous changer». Entre ses quatre murs, Stréliski joue comme une enfant qui s’est fabriqué une tente avec les coussins du salon pour ne pas être vue au complet. Faire son affaire à elle.

Pendant ce temps, l’homme nerveux du début, à mes côtés, joue du air piano comme s’il était un ventriloque à distance. Peut-être est-ce lui, Alexandra Stréliski, et que la jeune femme sur scène n’est au fond qu’un robot téléguidé.

Alexandra Stréliski: 75 minutes sans entracte et quiétude pour emporterAlexandra Stréliski/Photo: Élise Jetté

Puis, quand elle prend la parole pour de vrai, elle nous souhaite la bienvenue à son «soir de première mondiale». Elle nous raconte cette période de sa vie qu’elle nomme Inscape. Puis elle nous dit qu’il y aura un peu de Pianoscope aussi dans la soirée «parce que pour regarder en avant il faut parfois regarder en arrière», dit-elle.

«Dans les spectacles de piano, les gens savent pas quand tousser, se moucher et vivre, dit Stréliski, amusante. Là c’est le bon moment», assure-t-elle avant de recommencer à jouer.

Tout le reste du spectacle nous sort de notre espace temps et nous plonge dans celui de l’artiste. On n’entend rien sauf le piano et les problèmes digestifs de son/sa voisin.e.

Stréliski entre en profondeur dans la thématique d’Inscape, expliquant qu’il s’agit d’un concept anglais selon lequel nous avons un point unique en chacun de nous. «En cherchant le point unique, j’ai trouvé le point où je suis le plus en lien avec les autres humains», évoque-t-elle.

«On a tous un Inscape. Aujourd’hui vous faites juste une petit détour dans le mien», ajoute-t-elle, bellement.

Et alors qu’elle recommence, j’entends l’homme à mes côtés, tout en poursuivant son pianotage dans les airs, qui commente la performance tout bas, comme Alain Goldberg aux Olympiques. «Magniiifiqueeee», lance-t-il doucement dans un souffle. «La grâce», dit-il tout bas alors que je l’imagine en train de décrire un triple boucle piqué.

«C’est mon quinzième show à vie», conclut la pianiste qui maîtrise pourtant tout.

Alexandra Stréliski: 75 minutes sans entracte et quiétude pour emporterAlexandra Stréliski/Photo: Élise Jetté

Elle remercie chaleureusement les metteurs en scène Greg et Phil qui sont venus de France pour la soirée. Gaspard aux éclairages et aux projections, puis Régina la régisseuse (no joke).

En rappel, elle subit un petit accrochage. «On va recommencer! C’est une berceuse fait que je m’endors chaque fois que je la joue», s’amuse-t-elle.

Avant de quitter la salle, une amie me présente le papa d’Alexandra. C’est le ventriloque, Alain Goldberg, l’homme qui joue du air piano. Quelle chance d’avoir été témoin de ses émois.

Tout le monde a quitté la salle les yeux un peu mouillés. Plus personne ne pensait aux humains de marde dont ils parlaient avant le show. Et la meilleure nouvelle: c’est avec cette paix d’esprit, cette quiétude et ce détour dans le Inscape de quelqu’un d’autre que toutes ces belles personnes se sont couchées avant 22h. Merci Alexandra.


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