Entrevue d’embauche avec Étienne Coppée

Au moment de commencer ma rencontre avec Étienne Coppée pour jaser de la sortie de son premier album, je réalise que notre set up ressemble étrangement à une entrevue d’embauche si on oublie qu’il est en train de manger une viennoiserie. Et c’est pas fou étant donné qu’il entre à peine dans le vaste milieu de la musique après sa victoire aux Francouvertes cette année: c’est le bon moment pour lui de décider si Feu à volonté passe le test. Croisons les doigts!

Entrevue d’embauche avec Étienne CoppéeÉtienne Coppée/Photo: Élise Jetté

Élise: Il y a toujours des belles choses qui surviennent après les Francouvertes. As-tu l’impression que t’as pas eu le droit à ton bonbon malgré l’album à cause de la pandémie?

Étienne: La pandémie ne m’a rien enlevé. Elle m’a donné une image différente de ce que j’avais devant moi. Mon milieu n’a pas changé, je suis arrivé dans le milieu de cette façon-là. Oui, je m’imaginais un Lion d’Or sold out et avoir un retour d’énergie, mais à date je l’ai vécu une fois dans ma vie, à la première partie d’O.G.B. à La Tulipe. Je l’avais vécu un peu avec les chansonneurs aussi, mais je n’ai pas l’impression que le pandémie m’a enlevé quelque chose. 

Élise: Si j’étais un petit oiseau qui avait assisté à la création de ton album, qu’est-ce que j’aurais vu?

Étienne: 6 ans de création, quatre jours de studio. Donc si tu avais vu le processus créatif, tu m’aurais vu longtemps, me perdre souvent.

Élise: Un oiseau petit, mais très déterminé.

Étienne: Haha oui! Je ne savais même pas que j’étais en train de travailler sur un album en fait. Ce que j’ai fait en 26 ans, c’est mon premier chapitre, mon premier album, mon introduction. J’ai travaillé toute ma vie là-dessus. En ce qui concerne l’enregistrement, on a rien gardé des deux premiers jours. J’avais beaucoup de misère à m’exprimer et Simon Kearney (qui a coréalisé l’album avec Salomé Leclerc) m’a fait dire les choses. Au bout du compte, j’avais besoin que tout revienne à une formule simple. Le vent se lève, c’est piano-voix en une take et après on a ajouté des trucs. Beaucoup de chansons ont été enregistrées avec deux ou trois personnes face à face. Rien de plus grand, c’est une take, tout seul, du début à la fin. Après on a rajouté des arrangements et des détails. L’album, en soi, c’est que des one take. Comment je conçois la musique, ce n’est pas sur un clic. Je me promène émotionnellement. J’ai vu cette séance de studio comme aller aux olympiques. Je voulais qu’on entende que ce sont des vrais moments.

Élise: Et vu que l’album est court, aussi, ça nous permet de nous sentir encore plus «avec toi».

Étienne: C’est ça que je voulais que ça donne.

Élise: Je trouve que tu es bon pour travailler autour du silence. Tu comprends l’importance de la pause entre deux mots pour laisser le moment se vivre. Tu as appris ça où?

Étienne: Souvent, on va me parler de mes inspirations et on va me coller Harmonium au visage trop facilement. Mais ce que j’ai appris de Bon Iver est plus tangible selon moi. Il y a du bruit, mais il n’y a plus grand-chose après. J’ai appris ça en écoutant Bon Iver. Ça prend du vide. Loin de moi l’envie de dire aux gens comment écouter mon disque, mais je crois qu’il s’écoute bien en nature ou dans le silence parce que le bruit avoisinant en fait forcément partie vu que l’album n’est pas «fort». Il faut vivre avec le bruit du taxi si t’es dans le taxi. J’ai déjà fait un show, une fois, et un gars en triporteur est passé devant la salle en écoutant de l’opéra et ça fitait, donc j’ai chanté sur sa note.

Entrevue d’embauche avec Étienne CoppéeÉtienne Coppée/Photo: Élise Jetté

Élise: Est-ce que la suite des choses de ton projet sera toujours en gravitation autour du concept de l’amitié?

Étienne: Je me suis demandé à partir de quel moment, dans la vie d’artiste, t’as dit tout ce que t’avais à dire. Toute mes chansons partent du même point: Rien de plus grand, qui est la seule à véritablement parler d’amitié. Ça donne vite l’impression que tout le reste parle de ça. Je l’ai écrite, ma chanson sur l’amitié et je ne crois pas qu’il y en aura d’autres. L’amitié, c’est plus large que l’amitié, ça englobe l’amour et la famille. Il y a un amalgame qui est souvent fait: que je suis juste un hippie qui veut être avec ses amis. C’est la toile de fond de la vie et un filet qui te rattrape, mais j’ai fait mon ode à l’amitié et ça ne servirait à rien de la refaire.

Élise: As-tu d’autres chansons qui commencent à émerger?

Étienne: Les Moldus ont l’impression que les chansons d’un album arrivent de la semaine passée, mais là où je suis en ce moment, ce n’est pas le point central de l’album, loin de là. Je suis ailleurs, mais ça se peut que ce ne soit jamais enregistré, ce que je fais en ce moment. 

Entrevue d’embauche avec Étienne CoppéeÉtienne Coppée/Photo: Élise Jetté

Élise: La poésie prend quelle place dans ta vie par rapport à la musique. Ton ratio musicien/écrivain est comment? 

Étienne: J’écris assez peu. Dans le chien à trois têtes qu’est l’auteur-compositeur-interprète, je commence à peine à sortir du syndrome de l’imposteur, mais je suis définitivement plus un musicien.

Élise: C’est normal d’avoir un sport moins fort dans le triathlon…

Étienne: Oui! Et je le sens vraiment que l’un est plus fort que l’autre. Je ne peux pas te dire comment j’écris, je suis plus dans le rendu émotionnel de l’ensemble. Je me dis toujours que chaque chanson doit aller de soi. Je me dis que, pour Les Beatles par exemple, ça ne se peut pas, un univers dans lequel on n’aurait pas Let It Be. Je travaille donc énormément avec mon radar à «ça va de soi». Je change les accords jusqu’au déclic. Je ne suis pas un grand consommateur de poésie. J’ai des amis très poétiques sans qu’ils soient des poètes. Pour moi, c’est le métaphorique qu’on trouve dans le quotidien qui est important.

Élise: Ton film d’album, c’est quoi l’affaire?

Étienne: Mon ami Guillaume Agier a écrit une histoire en image filmée avec des caméras super 8. J’aimerais que dans 40 ans, des kids de vingt ans super high disent «on écoute-tu le premier film d’Étienne Coppée?»

Élise: Je te le souhaite!

Étienne: Merci!

Élise: Pis? J’ai-tu la job?

Étienne: J’en discute avec ma gérante, mais ça regarde bien.

Élise: Yes!

L’album Et on pleurera ensemble sera disponible partout le 22 octobre 2021.


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