CCF 2021: Etienne Dufresne et Charlotte Brousseau dans un cours de pastorale

Publié le 06 novembre 2021 par Feuavolonte @Feuavolonte

Le premier miracle de la soirée, à Coup de cœur francophone, c'était de trouver la salle de spectacle. Si on nous annonçait un show dans une église, c'est plutôt une messe qui s'y déroulait à notre arrivée. Résignés, on a fait le tour de la bâtisse trois fois avec un petit groupe de personnes en quête d'un lieu commun, avant de trouver le spot du show: le sous-sol. Là-bas nous attendait des chaises pliantes, Etienne Dufresne, Charlotte Brousseau et un château en carton.

Des mélodies complexes et des jeux de voix travaillés caractérisent la prestation de Charlotte Brousseau, en première partie du lancement d' Excalibur d' Etienne Dufresne.

Charlotte Brousseau/Photo: Élise Jetté

Elle amorce avec la chanson Mouvement issue de son EP Boucles puis elle s'installe sur une pile de livres - parce que pourquoi utiliser une table ou une chaise - pour jouer du , instrument qui n'est pas sans nous entraîner sur Wikipédia. Elle nous explique de surcroît que la grande Joni Mitchell en joue sur la chanson California et tout le monde ressort grandi de cette explication.

Elle poursuit avec une chanson inspirée des deux derniers printemps: Pour endormir nos colères en marchant et éventuellement, elle nous enseigne le cri de la bernache du Canada. Car elle est comme ça, Charlotte Brousseau: elle enseigne des choses à son public. Précise et travaillée, sa voix se place constamment comme instrument principal de la prestation et un aspect théâtral empreint de sérénité enveloppe toute la performance. Elle souligne le talent unique du musicien Antoine Bourque: "il est capable d'imiter une envolée d'outardes". On est conquis. Également auprès d'elle en musique, Raphaël Laliberté-Desgagnés, lui "n'est capable de rien imiter."

Perdre le silence, une pièce sur laquelle elle pose un regard sensible sur le suicide, fait frissonner au moins les gens assis au premier rang (juste moi... les gens n'aime pas ça, la première rangée).

Le show est dans un château de carton dans un sous-sol d'église, ce qui n'est pas sans ramener des flashbacks d'enfance de cours de préparation à la confirmation où il fallait faire un spectacle inspiré du Nouveau Testament dans un décor bancal. Ça ne fait que me placer dans un état de fragilité d'autant plus propice à la réception de nouvelles informations.

La gérante d'Etienne Dufresne se glisse derrière le micro (elle voulait sûrement juste entrer dans le château) pour nous annoncer qu'on "va tolérer la danse masquée, mais pas de baiser". Tellement de permissions pour un lieu de culte.

C'est avec un chapeau de fou du roi qu'Etienne Dufresne se présente à nous avec sa gang. Lysandre, aux claviers, est une elfe. Tout fonctionne en termes d'image générale.

"C'était-tu facile de trouver ma porte?", lance-t-il comme pour nommer notre quête d'il y a une heure. "On est le Etienne Dufresne band", dit-il ensuite. Excellente mouture, en effet, de son show avec Lysandre Menard, David Lagacé, Samuel Baulé, Olivier Benrnatchez et un Félix Petit qui ne manque jamais de souffle:

Félix Petit et Etienne Dufresne/Photo: Élise Jetté

Les souvenirs de catéchèse ressurgissent encore: "Est-ce que vous aimez notre forteresse? Quand on est arrivés pour le soundcheck, y'avait de la danse en ligne. Y'a eu deux-trois messes aussi", rapporte le chanteur.

Etienne Dufresne/Photo: Élise Jetté

Les chansons d' Excalibur prennent toutes les dimensions possibles avec un band de qualité qui ne lésine pas sur les moyens. La foule, déjà vendue, chante toutes les paroles. Ça parle de chercher un sens à sa vie ou de se faire ghoster (la thématique "fantôme", comme le nomme Etienne). C'est contemporain et imaginatif. Ça nous berce et nous emporte, tantôt avec un solo de sax, tantôt avec le déploiement de la boule disco.

Au moment des remerciements, la feuille blanche dans le parchemin n'est pas le premier anachronisme de la soirée. Et Dufresne demande: "Y'en a-tu qui sont sur des dates à soir?" Et il lance la grosse toune Rodage (issue de Sainte-Colère).

Etienne Dufresne/Photo: Élise Jetté

À la toute fin: "une chanson qui parle d'avoir envie de crisser son camp de Montréal, Jolicoeur". Puis je constate en quittant tranquillement la salle que "la danse masquée sans s'embrasser" a laissé place à un grand rassemblement de personnes aux mentons masqués, qui se parlent dans le blanc des yeux dans un espace clos. Oui, Excalibur, c'est un show qui rapproche.