Géraldine au Quai: un article librement inspiré de la Bible, entre autres

Dimanche soir, je suis allée voir la formation Géraldine au Quai des brumes en formule 5 à 7 déplogue. C’est ma première critique de show à vie alors vous m’excuserez les formalités, je sais pas vraiment par où commencer. Je sais juste que tout le long du show je me disais: «faut que je raconte ça, faut que je raconte ça», or voici.

Géraldine au Quai: un article librement inspiré de la Bible, entre autresGéraldine/Photo: Facebook

Je sors du métro et je me dirige vers la salle de spectacle, ouin mon bike fait un drôle de bruit de ce temps-ci, je préfère le métro. Jusqu’ici, j’aurais pu me rendre à n’importe quel show sur l’île, rien n’aurait été très différent. Ma trentaine bien assumée dans mon col roulé et mes lunettes nécessaires pour la vue, il y a longtemps que je me bâtre plus de mettre mes verres de contact pis ma ligne d’eyeliner pour aller voir des shows. Je pense à ma tante tellement fière qu’on accusait de se mettre du mascara pour sortir ses poubelles et j’aimerais parfois être une femme plus sophistiquée.

Rendue coin Mont-Royal et St-Denis, en humant la forte odeur de weed (j’avais écrit «printemps», mais n’ayons pas peur des mots) qui émane des cigarettes qui se fument avant le show, je comprends tout de suite vers quel genre de soirée je m’enligne et je suis ravie. Les dimanches, c’est fait pour racler son jardin intérieur et y’a plusieurs façons de s’y prendre. La luminosité change quand je mets un premier pied à l’intérieur et tout de suite, je me sens à la maison, au bercail, dans ma ouache, comme ma mère dit pour parler de son repaire.

Je ne pense pas me tromper en affirmant que personne ne porte de mascara et finalement, j’ai plus envie d’être une autre femme que celle que je suis. Jean-François Thériault écrivait en 2013 que «la moitié du poil de l’île de Montréal s’était donné rendez-vous» pour le premier show de Caltâr-Bateau O Patro Vys [1], fouille-moi pourquoi je me souviens de ça, mais je me répète cette phrase non-stop à mesure que je croise du monde en me rendant au fond du bar. Tout le monde se sourit, quel âge ont ces gens? J’en sais rien. À vingt ans, j’aurais dit qu’ils en avaient trente, mais là, ils deviennent juste des personnes plus vieilles que moi, des cheveux gris dans le toupet qui descendent dans leurs longues couettes, un pli anxieux leur barre le front, mais sont pas stressés, les premiers enfants des premiers divorces.

Nous autres, on fait des thérapies, eux autres y font du rock. Du rock pas dilué dans les réseaux sociaux, du rock d’affiches de band de rock. Le rock dans le temps que si t’étais pas chez vous, c’était difficile de te rejoindre faque fallait que tu sois un peu partout comme chez vous, si tu voulais à ton tour rejoindre le monde. J’idéalise ces gens qui ont l’âge de mes plus vieux cousins. Qui ont nourri les canards sur le bord du lac sans porter de flotte, qui mangeaient des hot-dogs dans le micro-ondes sur l’heure du dîner, qui jouaient au hockey dans la cour de la caserne de pompiers parce que c’est là que l’asphalte était la plus neuve. C’est passé date la nostalgie des années 90 han? Je m’en fous, le dimanche, c’est fait pour le jardin intérieur, j’ai dit.

Je pense à ça en regardant Géraldine s’en côlisser et se faire du gros fun noére. S’en côlisse-t-elle vraiment? Peu importe, tout ce que je sais, c’est qu’à l’entendre, je me sens mal de me coucher tôt et c’est une bonne chose.

Géraldine s’excuse pas quand elle dit: «Cette toune-là, c’est parce que dans le temps, y’avait pas mal de lesbiennes qui faisaient du grunge dans le Mile-End, faque nous autres, pour être à la mode, on a fait une toune de grunge lesbienne». Géraldine n’excuse rien quand elle annonce la prochaine, Le dépotoir des amours, inspirée du pas-toujours-chic bar La Rockette. Géraldine pourrait enlever sa cagoule, qui l’empêche de bien voir ses cordes et la déstabilise (à ses propres dires) mais non, elle la garde. Pour le show, pour le fun, juste de même. Sa cagoule avait peut-être une raison y’a dix ans, quand elle et ses musiciens incarnaient un genre de persona bête, mais ils gardent quand même tous leurs cagoules même si ce soir ils font des blagues et des sourires, parce que pourquoi pas, cibole?

Ça me rappelle des questions poches, dans des entrevues avec des artistes à la télé «oui mais quand tu chantes ça làààà, qu’est-ce que tu veux vraiment dire?» Comme s’il y avait UNE interprétation et que c’est l’artiste qui l’avait entre ses deux oreilles. Vos entrevues manquent cruellement de curiosité. «La prochaine, faut la chanter en faussant le plus possible, parce que c’est vraiment libérateur de chanter faux» nous indique Géraldine avant d’enchainer sur le hit Carl-Éric Hudon vraisemblablement inspirée de son bassiste du même nom. J’ai pas besoin de plus d’explications. «La prochaine c’est pour ceux qui portent des coats de cuir à l’Esco. J’en avais une sur le Quai des brumes, mais ce serait trop compliqué la faire ce soir.» Je me demande qu’est-ce que «trop compliqué» veut dire pour Géraldine, elle qui a commencé son show en chantant I’m singing in a fan, dans un micro installé dans un ventilateur portatif.

Si ça prend quatre autres années avant que Géraldine se produise à nouveau sur scène, ça prendra le temps que ça prendra. «Le rock est patient, le rock rend service. Il n’est pas jaloux, il ne se vante pas, il ne se gonfle pas d’orgueil. Le rock ne fait rien de honteux. Il ne cherche pas son intérêt, il ne se met pas en colère, il ne se souvient pas du mal. Il ne se réjouit pas de l’injustice, mais se réjouit de la vérité. Le rock excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. En toute occasion, il pardonne, il fait confiance, il espère, il persévère»[2]

Je serai là, encore, pour du rock comme celui de Géraldine, je serai toujours là.


[1] https://lesmeconnus.net/caltar-bateau-a-lo-patro-vys-chaos-organise/

[2] Librement inspiré de L’amour dans 1 Corinthiens 13 :4-7


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